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mercredi 2 avril 2014

Souvenir d'enfance

De mes premières lectures - mes lectures d'avant la Comtesse de Ségur et le Club des Cinq - il me reste peu de souvenirs. À part les Martine et les Caroline, j'ai en mémoire deux albums, un dont je n'ai retenu que l'illustration de la couverture et un autre dont j'ai retenu suffisamment de choses pour le retracer. Je me suis toujours souvenue du titre de ce livre, de sa page couverture, de l'atmosphère dans laquelle sa lecture me plongeait, de l'envoûtement que je ressentais à regarder les illustrations et de la terreur que j'éprouvais à la description de ce que vivaient les grains de blé.
Récemment, je me suis mise à la recherche de cet album. À notre époque, c'est plutôt simple de retracer un livre. Je l'ai d'ailleurs rapidement repéré en France. Quelques jours plus tard et un paiement de 17 euros vitement expédié via PayPal, voilà que je reçois le livre chez moi.
Illustrations de Ph. Cloës, Casterman, 1950.

Un album de René Beauclair intitulé L'Histoire merveilleuse de trois petits grains de blé. Il sent le vieux livre, il sent l'humidité, mais il est en très bon état. Par contre, j'avais oublié que c'est une histoire à saveur religieuse, très religieuse. Pour vous dire, les trois petits grains de blé finissent leur vie en hosties (au sens propre, bien sûr!). J'avais complètement oublié cet aspect du livre. Faut dire qu'à l'époque, je baignais pas mal dans la religion puisque j'ai fait mon primaire chez les Sœurs. D'ailleurs, j'ai peut-être reçu cet album lors de la distribution des prix de fin d'année. Ou lors de ma première communion.
J'ai donc relu l'Histoire Merveilleuse en retrouvant, petit à petit, ce qui m'avait enchantée à l'époque, ce qui m'avait fait la lire et la relire. D'abord, l'écriture:
 " - Patientez, dit Grain Sage, patientez, qui sait si cette épreuve nouvelle ne cache pas encore un dessein providentiel qui nous échappe?"
Ou encore:
"La nuit avait versé des pleurs sur chaque épi et sur chaque fleur. Le soleil levant en avait fait des perles, puis il les avait bues pour se désaltérer après une course déjà longue."


On suit la vie de Grain Sage, Grain Poète et Grain Savant. Une parenthèse: quand je vais dans les écoles, je dis aux élèves que tout ce qu'on lit reste dans notre mémoire et, qu'un jour, un souvenir de lecture peut refaire surface. Or, avant de recevoir le livre de René Beauclair et de retrouver les noms des grains de blé, j'avais donné le nom de M. Bouquin-Savant à un des personnages d'un manuscrit que je suis en train d'écrire. Est-ce le grain de blé qui a refait surface? Fin de la parenthèse.
Après la musique des mots, c'est la difficulté de cette écriture pour une lectrice débutante, et de l'histoire elle-même, qui m'a étonnée. Pas surprenant que j'aie relu plusieurs fois cette histoire: c'était pour la comprendre!
Du coup, j'ai saisi pourquoi cet album est toujours resté près de la surface de ma mémoire (alors que tant de souvenirs ont coulé au fond!). C'est probablement parce que ça avait été, pour moi, une lecture difficile. J'ai alors pensé à cet article que j'ai écrit le 18 mars: nos lectures difficiles se taillent une place privilégiée dans notre mémoire, tout comme nos écrits difficiles se logent parmi nos préférés. Je ne fais pas de morale, là... Les mérites de l'effort et gna-gna-gna... Je suis simplement heureuse d'avoir mis la main sur un album, aussi dépassé soit-il, qui a fait remonter un souvenir d'enfance. Un souvenir d'amour des livres.

vendredi 14 mars 2014

Les voies impénétrables de l'écriture

Je me sens comme une enfant dans un nouveau terrain de jeux. Pourquoi? Eh bien, quand l'enfant joue et passe d'une balançoire à l'autre, il ne pense à rien d'autre. Moi, à la bibliothèque Raymond-Lévesque, j'ai le privilège de n'être qu'une auteure. Pas dans le sens restrictif de l'expression, mais dans le sens d'être concentrée exclusivement sur mon écriture pendant le temps que je suis ici. Je ne pense à rien d'autre. Conséquence: les vannes sont ouvertes. J'ai plus d'idées à l'heure que je n'en ai eu au total depuis cinq ans. C'est affolant. Réjouissant. Euphorisant. Bien sûr, il faudra que je fasse le tri dans ces idées, que je choisisse les plus prometteuses, les plus dignes d'intérêt pour les enfants.

Je disais, ici, que j'ai eu trois idées d'albums au cours de ma première semaine de résidence et que j'avais commencé à développer l'une d'elles. Or, n'étant pas une adepte du plan avant d'écrire, j'en paie parfois le prix. Je me retrouve parfois stoppée dans mon élan, comme un chevreuil ébloui par des phares de voiture en pleine nuit, et je réalise de façon soudaine que je m'étais égarée. C'est ce qui m'est arrivé ce matin. Bon, je n'étais pas rendue à Tombouctou, simplement quelque part Détroit et l'Arizona. Heureusement, rien n'est perdu, mon voyage me servira quand même.

C'est que la mascotte m'a pas mal inspirée... Je planchais depuis quelques jours sur une histoire reliée à cette mascotte. Un bel album en perspective. Sauf que, ce matin, en me relisant, je me dis: Ma vieille, tu es dans le champ. Ce n'est pas une histoire d'album, ça, c'est un texte de premier roman! Alors roman ce sera. Pour l'instant, je mets ce début de manuscrit de côté pour revenir à mon projet initial: un album sur le thème de l'imaginaire.
Ce n'est pas parce que je m'égare que je prends du temps à retrouver mon chemin. Au contraire. Je suis déjà repartie sur un nouveau sentier... À suivre.
Il n'y a pas une seule façon d'écrire. Chaque auteur doit trouver la sienne, celle qui lui convient, celle qui lui ressemble. Moi, je n'aime pas les voyages organisés et les circuits tracés d'avance. Je préfère partir à l'aveuglette, avec quelques guides en main, et décider au fur et à mesure ce que sera ma journée. Quitte à parfois m'égarer.